Quand j’ai fondé l’Observatoire Sport & Digital en 2018, il fallait convaincre un secteur encore frileux que la technologie dépassait la simple animation de réseaux sociaux. Six ans plus tard, entre l’accélération du COVID et la dynamique des Jeux de Paris 2024, le numérique est enfin devenu central. Mais aujourd’hui, à l’heure où l’intelligence artificielle s’impose et où le climat se dérègle toujours plus, se cantonner au seul mot « digital » n’a plus aucun sens.
De la traîne nord-américaine au déclic pandémique
En 2018, la situation était très claire. Je revenais du Canada avec un constat marquant : en Amérique du Nord, le digital constituait déjà un pilier stratégique pour les franchises, les entreprises et les fédérations. En France, seule une poignée d’acteurs en saisissait réellement la portée. Le numérique était trop souvent réduit à l’arbre qui cache la forêt : une page Facebook ou un compte Twitter. J’ai créé l’OSD pour créer un pont entre ces deux mondes, pour interpeller, former et conseiller les décideurs sur ces enjeux d’avenir.
Puis la crise sanitaire est arrivée. Rappelez-vous : du jour au lendemain, le sport s’arrêtait, sans aucune perspective de retour à la normale, pendant de très longues semaines. C’est à ce moment précis que le numérique s’est révélé indispensable : il était le dernier lien reliant un club, une fédération, un athlète ou un événement à sa communauté. Pendant que le monde était à l’arrêt, des millions de personnes se réappropriaient l’activité physique dans ce fameux rayon d’un kilomètre. Sur YouTube, des créateurs démocratisaient des disciplines autrefois réservées à des initiés. Des sports dits minoritaires et des entreprises privées ont réagi plus vite que les géants du secteur pour capter et fidéliser de nouveaux publics. Le sport français venait de prendre son virage.
Paris 2024 et la maturité d’un écosystème
Dans la foulée, la perspective des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 a servi d’accélérateur. Tout l’écosystème s’est mis en ordre de bataille pour structurer et livrer les Jeux les plus innovants de l’ère moderne. Fédérations, clubs, start-ups, COJOP, institutions, CREPS, État, entreprises privées, citoyens : nous avons prouvé qu’avec une volonté commune et une vraie capacité de concertation, impossible n’était pas français.
Le digital s’est définitivement ancré comme un levier de performance, en interne comme en externe, pour le sport professionnel comme pour le sport amateur. Cette étape décisive est désormais franchie. Mais l’histoire ne s’arrête pas là.
L’IA et le climat : le sport face à ses vertiges
Aujourd’hui, nous faisons face à un grand bouleversement. L’intelligence artificielle s’invite dans notre quotidien et soulève autant de questions technologiques que d’interrogations idéologiques et sociétales. Si demain l’IA nous permet d’être encore plus performants, la nature même de la confrontation sportive, du combat, de la dualité ne va-t-elle pas s’en trouver altérée ? Si des programmes informatiques remplacent le travail de salariés du secteur, parlera-t-on d’avancée technologique ou de régression sociale ?
À ces vertiges technologiques s’ajoute une urgence encore plus radicale : la contrainte environnementale. Le sport a-t-il un avenir dans un monde trop chaud, privé de neige ou balayé par des événements climatiques incontrôlables ?
Une nouvelle feuille de route pour l’OSD
S’intéresser à la technologie pour anticiper le futur du sport en se souciant ni de l’évolution des mœurs ni des contraintes écologiques n’a plus aucun sens. C’est pour cette raison que l’OSD doit évoluer.
Nous ne pouvons plus nous contenter de parler de digital. Notre rôle est désormais de questionner, d’anticiper et de promouvoir un sport qui reste nécessaire, fédérateur et profondément impactant pour la santé physique et mentale de tous. L’activité physique ne doit pas être perçue comme une contrainte, mais comme un véritable moteur sociétal.
Le futur du sport ne s’attend pas, il se structure dès aujourd’hui. C’est avec cette conviction que nous engageons l’OSD dans une démarche plus large et plus inclusive : celle d’imaginer, d’évaluer et de construire ensemble le sport de demain.